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CRITIQUE: Nebbia au TNM

Touffu ce spectacle, qui met à contribution diverses formes d’art : théâtre, cirque, chant, musique, et d’une force esthétique qui rappelle l’éternité de la peinture. Un clin d’œil « au fantôme de Chagall ». Le tout prend l’allure d’une succession de tableaux sans rapport immédiat à une saisie du sens, mais d’une grande cohérence formelle.

Avec Nebbia (troisième volet à une trilogie : Nomade et Rain ) « le ciel n’a pas de limites », est le lieu de tous les possibles où existent à plein les corps d’un « doux espoir » et la tendre ironie des personnages, sans néanmoins illustrer de l’extérieur une crispation de l’âme.

Les corps des comédiens-acrobates, entre terre ou ciel, luttent contre la gravité en plaçant le véritable accueil de la nostalgie non pas au ciel, mais à mi-chemin : vers le haut, en pénétrant surtout leur propre intimité du haut, dans l’unité de toutes les contradictions (ou plus près, oppositions) d’une hauteur ici toute charnelle- à hauteur d’homme.

Bien plus que de transposer au ciel la fermeté de nostalgies terrestres, entre la dure aspiration et le passé irrévocable, les corps ainsi libérés, sans volonté d’aller plus haut, baignent dans l’adoucissement d’une nostalgie aérienne.

La brume souvent présente, souvent évoquée donne une aile à la nostalgie, un pouvoir d’enveloppement. Les « corps-images » se confondent à l’espèce de leurs désirs- manque et volonté- pour laisser apparaître la chair rare du rêve.

Il y a un recours à la théâtralité qui s’éloigne autant que cela se peut de la représentation en s’en dépêtrant par l’aspect performatif du cirque. Les corps rêvent moins, disent moins qu’ils épuisent en eux la charge possible de réel comme la tache en peinture. Cette plasticité absolue sur scène des corps pour scène qui s’éprouvent par cet esthétisme est une expérience-limite se donnant sans l’artifice du leurre, même créatif.

Le metteur en scène Daniele Finzi Pasca du Teatro Sunil en coproduction avec le Cirque Éloize, a vu grand. « Qu’est-ce qui est vrai et qu’est-ce qui est faux sur scène »? Gonzalo Munoz Ferrer qui officie à ce festin pour les sens, dans son rôle de maître de cérémonie et cabotin de première, donne un cœur à cette vaste pulsation, cette solitaire brume qui nous respire.

J.-S.BOISVERT
Collaboration spéciale
jsboisvert@hotmail.com

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